La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Vive la France

Mardi 13 décembre 2005

Depuis déjà pas mal de temps le mélange détonateur du chômage menaçant, de l’arrêt de la progression des salaires et de l’obligation par la mondialisation faite à toute entreprise de baisser ses coûts menace de plus en plus de salariés d’une démotivation grandissante, dans le meilleur des cas. Dans le pire, c’est le je m’enfoutisme qui prend le pas (c’est la vendeuse qui vous regarde d’un air méprisant, c’est le facteur à qui il arrive « d’oublier » de porter certains paquets, etc..)

Parallèlement au niveau des entreprises et depuis peu commence à se répandre une pratique à la fois très astucieuse et extrêmement juteuse que je nommerai  - JT + JG =  moins bien je travaille plus je gagne. En voici des exemples :

Un exemple connu et qui concerne beaucoup de monde : les fournisseurs d’internet. Admirable recette dans sa simplicité et son efficacité, la hot ligne « en cas de problème » : tu proposes l’ADSL à un prix légèrement plus bas que le voisin, tu mets quelques jeunes (les vieux, c’est connu, sont moins maléables) payés au SMIG et qui s’y connaissent un peu en informatique sur une « hot ligne », tu mets le coût de l’appel le plus haut possible… et tu attends. Moins bien le système marche, plus les gens appellent et… plus tu gagnes.

Autre exemple très différent mais qui suit le même principe : prenons nos PDG sortis de l’ENA. Un tel est propulsé à la tête d’une grande banque, un autre à la tête d’une entreprise de communication. On balbutie à l’oreille d’un responsable : « mais il n’y connaît rien (à la banque à la communication, etc…) » Lui s’en fout complètement, puisque s’il ne fait pas un bon boulot, il partira avec des indemnités qui mettront une ou deux générations à l’abri. Que demande le peuple ?

Un dernier exemple, personnel cette fois : le propriétaire de l’appartement que je loue est aussi propriétaire de tout l’immeuble. Et il a une entreprise de… plomberie biensûr !

Vous l’aurez compris : moins l’immeuble est entretenu au niveau de la tuyauterie, moins bien les réparations sont faites, plus il travaille (mal) et… plus il gagne !

Mais attention à tous les adeptes du – JT + JG : la bête se fatigue et pourrait un jour se réveiller…

Par Carmen Molina
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Lundi 27 mars 2006

Un ami anglais vient d’ouvrir une librairie anglaise dans le Tarn.  Il avait déposé ses papiers en hiver avec l’intention, naïve s’il en fût, qu’au printemps il pourrait ouvrir ses portes. Les commerçants des alentours sourirent en cœur : « il faut un an entre le moment où tu déposes tes papiers et où la boîte commence son activité, mon vieux ». Soit, juste en somme le temps de voir ses économies fondre au soleil, parce qu’entre temps, il faut quand même manger. Mais on tient le coup. Pour que le client puisse compulser les livres dans une ambiance agréable, il a voulu mettre 2/3 tables avec des chaises. L’administration répond que « si le client peut s’asseoir, il faut des toilettes attenantes à la boutique ». Soit, on fait faire les devis.

Puis les pompiers passent pour vérifier le tout et il s’avère que mon ami avait mal compris : il faut aussi des toilettes pour handicapés… dans le fin fond d’une petite ville de province où il n’est même pas sûr qu’elle en abrite !! Bon d’accord. Cet ami étant fin gourmet, il se renseigne pour voir s’il ne peut pas aussi vendre certains produits alimentaires anglais, puisqu’il s’adresse à cette catégorie de la population. Ben non, principe de précaution oblige, il est hors de question qu’il vende, ne serait-ce que quelques biscuits. Ce qui amène toute personne qui a une cervelle et nous sommes quand même assez nombreux dans ce cas, à se poser les questions suivantes :

1/ Est-ce que l’état français veut vraiment lutter contre le chômage ?

2/ Est-ce que l’état français veut vraiment aider les handicapés ou faire croire qu’il le fait en faisant financer par les particuliers des toilettes qui ne serviront qu’une fois l’an au maximum (et qui en même temps refuse les aides indispensables).

3/ Est-ce que l’état français veut réellement défendre le principe de précaution ou protéger la grande distribution en interdisant de vendre quelques malheureux biscuits ?

Par Carmen Molina
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Vendredi 7 avril 2006

La décision de notre Président sur le CPE qui est, pour faire court, de garder la loi pour la modifier tout de suite après est caractéristique de notre culture face à la loi en général et au droit. En fait, même s’il y a eu beaucoup de réactions ironiques, on est somme toute pas vraiment choqué, c’est juste une partie de poker qui continue. Parce que la loi en France, sauf exception, n’est pas faite pour être appliquée mais pour rassurer. Il faut que nos enfants apprennent l’anglais ? Très bien, on va introduire l’anglais tôt dans les programmes… sans s’occuper du budget qui va avec et de la formation des instituteurs sur ce point. On modifie, on rajoute, sans s’occuper donc de l’application, mais on ne retire pas. D’où une accumulation et un imbroglio dont le CPE n’est qu’un exemple. Effectivement, si la loi n’est pas ou mal appliquée, quelle importance ? A la faveur d’un conflit ou d’un scandale, on s’aperçoit ainsi que la loi pour l’éviter… existait déjà. Il suffirait effectivement de l’appliquer.

Par ailleurs, comme les lois poussiéreuses ou inadaptées ne sont pas non plus retirées, cela ouvre la porte aux incongruités qui amusent bien nos amis anglo-saxons, plus pragmatiques (voir notre article « WC pour handicapés »), ou bien, encore pire, donne l’occasion à certains fonctionnaires à vocation de « petits chefs » d’exercer leur petit pouvoir. J’en ai un exemple personnel : j’habitais Montreuil en région parisienne, qui, pour ceux qui ne connaissent pas cette ville, est d’un point de vue architectural, d’une laideur pathétique : mélange d’architecture de la belle époque du communisme, pavillons de toutes les époques, HLM désaffectés et quelques immeubles neufs dont un où j’avais un appartement. J’avais demandé l’autorisation pour une fermeture de balcon qui donnait sur une cour… et qui me fût refusée parce qu’il y avait un « monument historique » à moins de 100 mètres de là... qu’on ne voyait pas sur la rue non plus !!!!

Ce qui est étonnant, ce n’est donc pas la décision du Président c’est qu’on en soit surpris.

Par Carmen Molina
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Mardi 11 avril 2006

Devinette : comment la moitié d’une population de personnes à priori sensées peuvent voter pour un personnage qui traite ses adversaires de couillons, dont la corruption est de notoriété publique, qui quitte les débats qui ne vont pas dans son sens et qui prend d’assaut l’antenne quand çà lui convient ? La réponse ne ferait pas seulement du bien qu’aux italiens. Qu’est-ce qui fait que dans une démocratie on choisit un tel personnage (je me suis retenue de dire « clown », pour être honnête, çà reviendrait à utiliser les mêmes arguments que lui mais çà me démange sérieusement le stylo) ?

Il y a deux aspects à cette question : d’abord le vote pour un personnage caricatural, dont Bush est un autre exemple (les 2 flirtant d’ailleurs dangereusement avec l’extrême droite), mais il y en a d’autres. Ensuite, le fait, dans nos démocraties occidentales, de l’accroissement de l’abstention qui va de pair avec des résultats de vote très serrés : c’était aussi le cas avec Bush et pour les dernières élections en Allemagne.

Tout se passe comme si la majorité n’y croyait plus et que les résultats de ceux qui votent se talonnent, avec une préférence pour les extrêmes. Le drame est d’une part que çà rend ces démocraties très difficilement gouvernables parce que la majorité n’est en fait pas représentée, et d’autre part que ce sont les extrêmes qui, dans ce contexte, gagnent souvent. Et si tout simplement cette majorité silencieuse qui d’ailleurs n’en pense pas moins,  prenait sa place ? En descendant dans la rue, comme avec le CPE, c’est bien et il faut le faire, mais avec un certain dosage car les risques de dérapage sont nombreux. Aussi, il faut trouver un moyen, au moment des élections, puisque la majorité d’entre nous ne veut pas des politiques qui se présentent et qu’on ne veut pas laisser la démocratie s’exprimer par le vote blanc en ne le comptabilisant pas, de le faire savoir : par exemple en portant un petit carré blanc au revers de son veston, à l’instar du petit ruban rouge pour le sida ou de la main de « Touche pas à mon pote ». Evidemment si on est une dizaine, on sera peut-être ridicule, mais qu’on se rassure, on ne le sera jamais autant que ceux qui nous gouvernent en ce moment. Par contre, passé un certain nombre, on commencera à nous écouter. Mais il y a sûrement d’autres possibilités auxquelles je ne pense pas. Le débat est ouvert.

Par Carmen Molina
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Mardi 18 avril 2006

Ils sont nombreux les articles dans la presse qui opposent les « déclinistes » aux « optimistes ». D’un côté ceux qui « croient à la France  », de l’autre les casseurs de moral qui promettent l’apocalypse. Là encore, le débat ne me semble pas bien posé. Prenons l’exemple du chômage. Ce n’est pas décliniste de dire que les plus jeunes et les plus âgés sont dangereusement hors circuit du travail. C’est un fait, et c’est malheureusement un fait qui, parmi d’autres choses, gangrène notre société. En disant cela, on ne porte aucun jugement sur la population appartenant à ces tranches d’âge, ni sur la capacité de la France et des français à résoudre ce problème. Ceux qui croient à la France ont tout à fait raison, les talents et les potentiels sont là, et sûrement même, en proportion beaucoup plus importante que ne le croit la majorité des français. Cependant, les freins sont tels que ces capacités ne peuvent pas se développer et se mettre en pratique et ce n’est pas menacer d’apocalypse de dire que c’est une situation qu’il convient de qualifier de grave et cela ne concerne pas seulement le chômage. Ce sont ces mêmes freins qui font que beaucoup n'y croient plus. Ceux qui tirent les sonnettes d’alarme ne sont pas déclinistes, ils sont réalistes et peuvent par ailleurs être en même temps optimistes en pensant qu’on peut inverser le processus. Leur rétorquer qu’ils prônent l’apocalypse, c’est tout simplement nier la réalité et pour le coup empêcher toute possibilité de changement. Arrêtons donc de jeter le bébé avec l’eau du bain en nous accrochant sur la forme et travaillons sur le fond.

Par Carmen Molina
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Jeudi 20 avril 2006

Extraits de "Nos vaches sacrées" de Guislaine Ottenheimer, chez Albin Michel:

"..Ces atermoiements, ces demi-mesures, ces mascarades, sans compter les changements de caps incessants - le choix du lundi de Pentecôte comme journée de solidarité l'a montré de manière pathétique (et le conflit du CPE donc ! NDLR), entretiennent le sentiment d'échec. Ils confortent les citoyens dans leur conviction que les gouvernants n'ont aucune vision, qu'ils ne savent pas diriger le pays et qu'ils se contentent d'agir à la surface des choses...

...L'écart entre le discours, ambitieux, et les résultats concerts, insignifiants, aggrave le sentiment d'angoisse général. Pas seulement dans le domaine de l'emploi. Ou de l'économie. Toute promesse non tenue, tout engagement perverti engendre cette mélancolie, ce sentiment de "sculpter du bois pourri". Et en ce domaine, le président de la République porte une grave responsabilité. Ainsi, conscient de l'appétit du peuple français pour les grands idéaux, soucieux d'entretenir sa popularité, impuissant à redresser la situation économique intérieure, Chirac s'est investi dans un certain nombre de grandes causes. Nobles. Universelles. Toutes prioritaires. Les accidents de la route, le cancer."

... On est dans l'affichage, la communication... Personne n'est dupe. Mais ces attitudes d'évitement, qui ne peuvent évidemment pas être suivies d'effets, entretiennent l'idée malsaine qu'on ne peut rien. Que tout a été essayé, que rien n'a marché. Non, en réalité, on n'a pas vraiment essayé. C'étaient des placebos. Le chômage de masse n'est pas inéluctable. Même avec la mondialisation."

 

Par Carmen Molina
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Mercredi 10 mai 2006

Un parfait exemple de communautarisme à la radio ce matin. Aujourd’hui c’est la journée de la commémoration des esclaves résistants qui ont permis l’abolition de l’esclavage, belle commémoration s’il en fût puisque sous cette forme, elle rend hommage à celles et ceux qui, en se sacrifiant, ont permis au monde d’avancer en sauvant nos frères et soeurs de peau noire. Plusieurs personnalités noires sont donc invitées à France Inter (oui, « noires » et non pas « black », je le revendique, on ne dit pas « white » pour les blancs, pourquoi alors dire « black » ? Pourquoi pas « yellow » pour les asiatiques et « pink » pour les homos pendant qu’on y est). Peu importe qui sont les intervenants du débat d’ailleurs, ce n’est pas un procès de personnes dont il s’agit ici, mais un procès de comportement néfaste au débat.

Pour moi, l’esclavage (et bien sûr le racisme qui est rattaché à cette notion) est à la société ce que l’écologie est à la politique : comment peut-on être pour l’esclavage ou contre la protection de la planète ? On peut continuer le parallèle en disant que dans un cas comme dans l’autre, on parle beaucoup sur le concept mais pas du tout sur les solutions au problème. Et c’est comme çà qu’on en arrive au communautarisme.

Au départ donc, on demande que l’esclavage ait la part qui lui revient dans les manuels scolaires. Très bonne initiative. Demander que les gouvernements disent pardon au nom du passé est déjà plus compliqué tout simplement parce qu’ils étaient tous coupables. Un pape, je ne me rappelle plus lequel, avait demandé pardon aux catholiques pour l’Inquisition ce qui avait plus de sens parce que sa personne elle-même symbolisait l’autorité catholique. Que Chirac s’excuse auprès des français pour le gouvernement français qui a collaboré pendant la dernière guerre a aussi un sens, il représente la France , et il s’adresse aux français. Mais quand la communauté est très élargie, en l’occurrence la communauté noire, et la responsabilité complètement diluée, l’efficacité de la demande de pardon est moindre. Est-ce qu’on va demander aux hommes de la terre de dire pardon aux femmes pour ce qu’elles ont subi dans le passé ? Les gens sains aux handicapés ?  Dans ces cas, et pour être vraiment efficace, ne vaut-il pas mieux lutter au quotidien, pied à pied contre ce qu’il reste sur cette terre de racisme, de sexisme, de mépris des plus faibles ?

Pour en revenir au débat entendu ce matin à la radio, le présentateur a osé introduire l’idée d’esclavage moderne, c’est-à-dire d’esclavages encore existants et a mentionné les prostituées qui allaient servir à la future coupe du monde de foot, la prostitution en Allemagne étant institutionnalisée. On l’a remis vite fait à sa place en lui disant qu’il ne s’agissait pas ici de détourner le débat, qu’on était là pour parler de l’esclavage des noirs et pas de dispersion s’il vous plaît. Quel dommage. Que ce monsieur défende sa cause et la préfère à toutes les autres c’est normal et c’est son droit le plus absolu. Mais qu’il rétrécisse le débat à la reconnaissance de l’esclavage négrier est non seulement triste mais inefficace pour sa cause même. Parce que c’est la souffrance qui existe en chacun de nous qui va faire écho à celle de ceux qui ont été réprimé qui va créer une empathie, et c’est en ouvrant le débat justement à d’autres souffrances que le racisme a une chance de diminuer. Si on circonscrit les souffrances, c’est justement là que les problèmes surgissent parce que ce n’est plus trouver des solutions ensemble qu’on va chercher, mais essayer de voir quelle souffrance est la plus grande ou la plus légitime, et c’est vraiment là qu’on en sort plus.

Par Carmen Molina
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Lundi 15 mai 2006

J’ai peur que ce mot ne soit comme beaucoup d’autres, en train de perdre son sens. Les grandes causes mobilisent certes, mais temporairement si l’on en juge par les manifestations télévisuelles comme le téléthon ou les sidactions. De même, en cas de catastrophe : l’ampleur de la réaction au tsunami n’a eu d’égal que sa rapidité, et encore cette mobilisation n’a été probablement aussi extraordinaire que parce qu’il y avait aussi des gens comme vous et moi qui en ont été victimes, c’est à dire des victimes auxquelles on pouvait d’identifier. Malgré l’horreur que peuvent provoquer les images sur le Darfour, quelle organisation, quelle association a fait un geste pour les oubliés du Soudan ? La solidarité semble donc être un phénomène à géométrie variable à la fois dans l’espace et dans le temps et elle s’arrête souvent là où commence son propre intérêt : on vote à gauche mais on habite dans l’ouest parisien, là où les écoles sont moins colorées, là où les mairies préfèrent payer les amendes plutôt que respecter les quotas de construction de logements sociaux. Dans ce domaine comme dans de nombreux autres, c’est l’apparence qui est compte.

Et quand il y a une vraie solidarité qui dure, c’est pour son propre clan, quand il correspond à une forte appartenance culturelle : une race, une religion, une idéologie...  là encore, on perd complètement l’humain qui devrait être à la base de la solidarité. L’introduction de l’ours slovène en est un vrai exemple : les écologistes en ont fait un cheval de bataille et çà devient un enjeu politique, un groupe contre un autre et c’est toute une partie de la population qui en pâtit : j’entendais un éleveur de brebis parler à la radio hier qui disait qu’avant, les familles étant plus nombreuses, on pouvait toujours envoyer quelqu’un pour surveiller les troupeaux  en toutes saisons. Maintenant c’est impossible et c’est un gagne pain qui est en balance en face d’un groupe de pression organisé pour une idée. C’est au clan qui aura le plus d’influence, qui saura le mieux préserver ses intérêts.

Par Carmen Molina
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Mardi 6 juin 2006

Ségolène qui prône (plus que) la fermeté en matière de sécurité, Bayrou qui n’hésite pas à voter contre l’UMP, l’un comme l’autre donnant son opinion non pas en fonction de la direction de son parti mais de sa propre conviction (quelle qu’elle soit d’ailleurs, je ne parle pas du contenu mais de la forme), c’est du jamais vu. L’un comme l’autre d’ailleurs se fait traiter de tous les noms par son propre camp. Aller au-delà du clivage gauche-droite pour trouver des solutions ensemble aux problèmes croissants de cette société, au-delà de la cuisine interne des partis, non mais çà va pas, non ? Ecouter l’opinion c’est faire du populisme, céder à la facilité. Ils ne mangent pas de ce pain-là quand même nos élus. Ils sont au dessus de tout çà… Le problème est qu’ils ne sont pas au dessus de tout çà mais au-delà de tout çà et ceux qui l’ont compris, Ségolène en premier, obtiendront les meilleurs résultats aux prochaines élections. On leur reprochera leur électoralisme. Mais quand le fait de répondre aux attentes du peuple est vu comme un défaut chez les responsables politiques, la démocratie est quand même sacrément mal barrée.

On rétorquera qu’il y a des réformes indispensables qu’il faut faire et qu’il ne faut pas toujours « plaire » à son électorat. Certes. Sauf que d’une part, dans cette opinion, il y a l’idée sous-jacente que le peuple n’a pas la maturité pour décider pour lui-même et qui est par essence même anti-démocratique ; et d’autre part, je ne vois pas une seule réforme essentielle et  nécessaire qui ait été menée à bien et dont la nation avait vraiment besoin ces dernières années. Pas une. L’exemple folklorique récent du jour de Pentecôte, sur un sujet plus « léger », est à l’image de nos dernières réformes : un pas en avant, deux pas en arrière, avec de temps en temps une « vraie » réforme comme les 35 heures, qui accentue les inégalités et dont même la gauche (qui l’a souvent dit en privé) commence à dire que ce n’était pas une si bonne initiative. Au moins pour cette réforme, il faut le reconnaître, il y a eu une « vraie » tentative, menée jusqu’au bout. Bravo. A partir de là, le « risque » d’écouter le peuple paraît effectivement bien moindre.

Par Carmen Molina
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Samedi 1 juillet 2006

L’autre jour,  j’ai loué un véhicule utilitaire pour 2 jours pour transporter divers objets encombrants.  J’habite Paris dans un quartier ou il n’y a ni place pour se garer à l’extérieur, ni parking à louer, tous étant pris d’assaut, et quand il y en a un c’est à des prix rédhibitoires.

Donc, après le transport, je le gare sur le seul endroit disponible, un passage clouté, ceci à minuit passé, pour le reprendre à 7 heures trente le lendemain matin. Entre temps, c'est-à-dire à 5 heures trente du matin, on m’a mis un PV avec une demande d’enlèvement. Entre parenthèses, dans ce quartier,  on ne se contente plus de mettre des PVs, on envoie direct les voitures à la fourrière, c’est quand même plus lucratif. En 4 mois, ma voiture est déjà partie 2 fois à la fourrière (environ 180 euros à chaque fois, mais jamais garée à un endroit où elle gênait un passage).

Deuxième petite histoire : il y a quelques jours, j’ai reçu une contravention par courrier, je roulais à 59 km/heure au lieu des 50 km autorisés, à 11 heures du soir, sur un axe rapide, résultat 97 euros d’amende si je payais tout de suite, mais 137 euros  si je payais dans un mois !

Je pose la question : l’état a-t-il décidé de combler le déficit budgétaire de la France avec les automobilistes parisiens (je précise « parisiens » parce que j’ai une maison dans l’Indre et je peux vous dire que les petits pépés qui picolent et conduisent leurs voitures là-bas ne sont absolument pas inquiétés) ? Lutter contre la délinquance routière est une nécessité et j’étais la première à applaudir à la baisse de l’hécatombe des morts sur les routes en France. Harasser l’automobiliste de bonne volonté pour un oui ou pour un non, ce n’est pas protéger la vie des français sur les routes, c’est remplir les caisses à peu de frais. Quand on fait des lois que le commun des mortels ne peut pas appliquer (je prends l’exemple du parking),  çà commence sérieusement à ressembler à du racket... et qu’on ne me sorte pas l’argument de la couche d’ozone : les 4x4 qui se multiplient dans Paris ne sont absolument pas inquiétés, et continueront à proliférer : leurs propriétaires ont les moyens de payer toutes les contraventions dont ils feront l’objet. Moi en attendant, malgré un salaire tout à fait correct, je n’ai plus les moyens d’avoir une voiture à Paris et la mienne restera à la campagne où, comme par hasard, la loi n'est pas appliquée et pour cause, les revenus ne le permettent pas. Pour être honnête, je n’ai plus l’envie non plus de conduire à Paris, monsieur Delanoé s’est débrouillé en même temps, entre les couloirs de bus qui prennent la moitié de la largeur des rues et les constructions des voies de tram, à rendre Paris impraticable.

Par Carmen Molina
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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