Je retransmets ici un e-mail que j’ai reçu en réponse à mon article « avant ». La matière était tellement riche, que j’ai décidé de le retranscrire en entier, et d’y répondre thème par thème.
De la vérité
Ne pas remonter « avant il n’y avait pas d’électricité » est bien dommage car les questions de fond semblent être les mêmes depuis la nuit des temps. Je dis "semblent" car, en regardant d'un peu plus près (et donc, paradoxalement, en prenant du recul) la façon dont "on" nous présente les époques passées n'est pas au-dessus de tous soupçons. Il y a une idée intéressante pour aborder ces "questions de fond". Celle de la focale utilisée. C'est une profondeur de champ inadaptée qui peut être à l'origine de la croyance d'une "Terre plate" adoptée à une certaine période de l'histoire par une partie de l'humanité. Là encore, avec des intentions peu louables, "on" fait en sorte de bien appuyer sur le fait "qu'avant, les humains étaient plutôt pas futés, ignorants, bêtement croyants, etc...." : la liste jalonnant l'apparente évolution de l'humanité est longue. C'est encore un problème de focale qui est la base du manque de "vision" de la globalité de l'univers. D'une certaine façon les microscopes et les télescopes "grossissent" trop. On passe à coté de certains éléments, on saute des étapes et donc on échafaude des théories qui seront, sûrement, remisent en cause : fréquemment après des erreurs "monumentales". Dans cette optique la recherche scientifique sera éternelle. Nous pourrions développer mais là c'est carrément des bouquins qu'il faudrait écrire (d'ailleurs ils existent). Il est vrai pourtant que ces recherches scientifiques découvrent (et non pas inventent) des aspects utiles à l'humanité, mais qui sont souvent mal "gérés". De plus il est instructif de regarder quelles conditions, ambiances, etc... et quelles sources sont à la base de ces découvertes.
Réponse de mondemeilleur : … si par là vous entendez que toute vérité est relative à celui qui la regarde et donc varie aussi en fonction du lieu où l’on se trouve et de l’époque dans laquelle on vit, alors je suis tout à fait d’accord avec vous. La perception, est-il besoin de le dire, varie aussi en fonction du vécu social : pour ne prendre qu’ un exemple, vouloir « éradiquer la pauvreté » quand on n’a jamais eu faim et qu’on n’a même jamais connu de problèmes de fin de mois, ce qui est le cas des dirigeants de ce monde qui doivent résoudre ce problème, la faim ne reste jamais qu’ un problème abstrait de plus à régler, tous les rapports d’experts qui les accompagnent ne peuvent rien changer à cela. D’où, malgré la bonne volonté et l’intelligence de beaucoup d’entre eux, une inefficacité totale.
De Dieu
Souvent un idée nous inspire : "L'homme est à l'image de Dieu (sous entendu de l'Univers)". Cette phrase supporte la réciprocité. Tout est dans la vision de "l'image", dans sa bonne "définition", dans son bon sens. Après ces quelques phrases vous pensez peut être, avec raison, que je suis à coté de la plaque, de mes pompes ou du sujet. Fort bien, reprenons (j'allais dire revenons à nos moutons). Mais je vais sans doute vous choquer et je n'hésiterai pas à remonter, par intermittence, « avant il n’y avait pas d’électricité »
Réponse de mondemeilleur : n’oublions pas, pour enfoncer une porte ouverte, que si l’homme est à l’image de Dieu capable du meilleur, il est aussi capable du pire. Mais si cette idée est courante, elle n’est pas intégrée. Les nazis, à part, comme toujours, les exceptions qui confirment la règle, n’étaient pas des monstres mais des êtres humains comme vous et moi qui se sont trouvé dans un espace-temps donné. C’est aussi parce que nous partons du principe qu’ils étaient, sans mauvais jeu de mots, d’une race à part que les horreurs diverses et variées continuent à se produire dans ce monde. Est-il besoins de le préciser, les résistants n’étaient pas des anges. On souhaite seulement que si on avait vécu à cette époque on aurait fait le choix qu’ils ont fait.
De la pilule
Avant il n’y avait pas la pilule : l'homme devait sans doute avoir une meilleure connaissance et donc un plus grand contrôle de son corps (voir les résurgences actuelles des techniques "orientales" à ce sujet). Rien n'interdit, même à l'heure actuelle, de suivre les cycles corporels (biologiques ?). Cela fonctionne très bien. On est plus attentif à "ce qui se passe", ça apporte également une certaine forme de respect. Inconvénient, on baise pas (désolé) tous les jours et avec
n'importe qui (ce n'est pas péjoratif mais ici la logique intervient ; et même plus, une "vision partagée" d'un certain type de sexualité). Si on veut absolument une pilule est il bien nécessaire qu'elle soit chimique ? Observer l'histoire des civilisations et se rendre compte de la régulation naturelle de la "masse humaine". Quelles sont les types de "civilisations" devant pratiquer une régulation des naissances ? Celles qui se sont engagées dans un "progrès sans fin"?
Et pour finir la phrase qui tue : éviter de laisser guider sa vie par la partie animale (commune dans le "règne animal") et pour cela remettre les "choses" à leur place : la fonction du sexe c'est pas celle de l'intellect (et lycée de Versailles)
Réponse de mondemeilleur : J’entends que vous préférez le retrait comme méthode contraceptive, cependant je ne crois pas que la pilule empêche ni une bonne connaissance de son corps ni son contrôle. Mais pour celles qui le croient, rien ne les oblige à la prendre. Libre à elles de continuer à suivre leurs cycles, mais là où je ne suis pas d’accord, c’est quand vous dites que « çà fonctionne » (j’imagine que vous voulez dire pour ne pas avoir d’enfant ?) Si çà fonctionne si bien, je ne vois pas pourquoi une femme comme Simone Weil qui n’est pas particulièrement portée sur la frivolité, se serait battue seule contre tous pour ne pas que des femmes meurent d’utiliser des aiguilles à tricoter… de même je ne comprends pas en quoi le retrait apporte plus le respect que l’utilisation de la pilule. Le respect est une attitude : laissons à chacun le choix de trouver le moyen qui lui convient pour y parvenir.
Par ailleurs, je ne sais pas si j’ai raté un épisode mais il me semble que depuis que le sida est passé par là, « on ne baise plus tous les jours avec nimporte qui ». Ce qui me semble grave par contre aujourd’hui, c’est l’idée répandue que tout est OK du moment que « çà se passe entre adultes consentants » La séparation de plus en plus répandue du plaisir physique et de l’affect dans la pratique sexuelle me semble contribuer à une déshumanisation de l’homme et renforcer la perte de sens qui fait la crise de notre civilisation. D’où une réaction par la naissance d’adeptes de l’abstinence. Grand bien leur fasse.. eux, pour le coup (oups…) ne se laissent pas guider par la « partie animale »… rappelons nous que l’homme est esprit ET corps et nier l’un OU l’autre revient à le déshumaniser en niant la moitié de son identité. D’ailleurs, je trouve que c’est pas sympa pour les animaux, parce qu'eux, au moins, sont incapables de torture sur leurs congénères.
De l’âge
Avant à 60 ans on était vieux : là c'est une référence "scientifique" erronée. En admettant que l'espérance de vie d'un être humain soit en progression (et encore aucune étude sérieuse sur la "préhistoire"), il s'agit d'artifices
mathématiques en vogue actuellement : les statistiques et les moyennes. De cette façon "on" cache les bienfaits d'une vie simple menée encore aujourd'hui sur certaines parties du globe terrestre. On privilégie aussi l'utilité indispensable de la médecine officielle (tu manges ce qu'on te vend, tu vis n'importe où, mais "nous" on cherche comment te guérir de
toutes les maladies que cela engendre). Sur ce sujet aussi on peut faire un blog entier (il en existe) Etre moins vieux à 60 ans mais dans quel but ? Celui qui ne "veut" pas être vieux (encore un terme à définir) ne l'est pas. La vieillesse c'est souvent (toujours) le regard des autres. Vu de notre intérieur les années ont elles du poids ? On a évolué sur le sujet ? demandez à un recruteur ce qu'il pense des "jeunes" de 50 ans.
Réponse de mondemeilleur : Là encore, sachons « focale » garder et ne jouons pas sur les mots. Soyons clair : scientifiques ou pas et d’une façon générale un homme/une femme de 60 ans aujourd’hui n’a rien à vois dans son état physique et mental avec ses grands parents au même âge. Et c’est bien comme çà. Après, pourquoi vivre plus longtemps (trop longtemps ?) et l’envers de la médaille, c’est une vraie question, trop importante pour être traitée en trois lignes ici. J'y reviendrai.
De l’avortement
Avant les femmes avortaient avec des aiguilles à tricoter : c'est quelle date l'invention de l'aiguille à tricoter ? Encore une fois attention à la réécriture de l'histoire. Pour une période récente vous avez raison. Ce qui renforce l'idée de "quelque chose qui va pas dans ce foutu monde". Mais pas forcément depuis des époques lointaines. Sans avoir fait de recherche particulière sur ce sujet, j'ai noté qu'il existait des plantes dites "abortives". Il ne serait pas surprenant que des sociétés (pas plus primitives que la notre) les aient utilisées. Dans des cas extrêmes bien entendu, car dans une structure sociale digne de ce nom les avortements ne sont, à mon sens, que des "opérations" de dernier recourt, de préservation (si je peux me permettre)
Réponse de mondemeilleur : pour les aiguilles à tricoter, recadrons : si j’habite à Clichy, que je suis au chômage, que ma méthode de retrait n’a pas marché, que j’ai 2 enfants à nourrir... je fais quoi ? Je garde l’enfant et j’en fais un brûleur de voiture ? ou je vais à l’hôpital ? parce que pour la trouver la plante à Clichy, je vais avoir quelques difficultés. Provocation mise à part, c’est une idée d’homme de penser que l’avortement peut être utilisé par la femme autrement que comme un dernier recours. Je vous invite à interroger les femmes autour de vous, et biensûr surtout celles qui ont avorté.
Vous (je le pressens) et moi-même sommes des privilégiés qui avons la chance de pouvoir nous poser ces questions de société. Nous qui avons reçu « la bonne » ’éducation pouvons mettre les choses en perspective et élaborer des théories généreuses sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. Mais si ces positions ne sont pas relativisées par l’affect, encore une fois, c'est-à-dire en se mettant bêtement à la place de l’autre, le risque est que l’on établissent des théories intellectuelles qui tiennent très bien debout.. toutes seules, mais qui ne résolvent aucun problème. En clair, en ce qui me concerne, si la loi sur l’avortement n’existait pas, je pourrai aller avorter à l’étranger, pas cette femme de Clichy et il y en a beaucoup plus comme elles que comme moi. Les responsabilités vont avec les privilèges.
Ce que vous dites