La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Mutation anthropologique

Mercredi 14 décembre 2005

Je suis sensible à l’argument qui consiste à dire qu’il y a un catastrophisme ambiant qui n’est pas toujours de bon aloi. Je relis mes articles et je me dis, non pas que j’exagère parce qu’en dehors de mes prises de position il y a quand même des faits qui sont là, mais que la vérité est quelquefois plus complexe et qu’il ne faut pas toujours regarder ce qui est négatif. J’ai donc décidé aujourd’hui de faire une petite liste que je vous invite, chers lecteurs/lectrices (à ta plume, Régine), à compléter à votre guise. C’est aussi pour relativiser la croyance de « c’était mieux avant… »

Je ne remonte pas à l’ante-Christ  (par exemple : « avant il n’y avait pas d’électricité » parce que la liste serait trop longue). Oui, je sais, c’est une liste très éclectique mais aujourd’hui j’ai pas le temps de peaufiner.

Avant il n’y avait pas la pilule

Avant il y avait l’apartheid

Avant les pédophiles étaient déplacés à l’Education nationale au lieu d’être jugés

Avant à 60 ans on était vieux

Avant à Nanterre il y avait des bidonvilles

Avant en France il y avait la peine de mort

Avant les femmes avortaient avec des aiguilles à tricoter

Avant on croyait que les bébés étaient des tubes digestifs et les enfants des petits chiens à dresser

A vous…

Par Carmen Molina
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Lundi 19 décembre 2005

Je retransmets ici un e-mail que j’ai reçu en réponse à mon article « avant ». La matière était tellement riche, que j’ai décidé de le retranscrire en entier, et d’y répondre thème par thème.

De la vérité

Ne pas remonter « avant il n’y avait pas d’électricité » est bien dommage car les questions de fond semblent être les mêmes depuis la nuit des temps. Je dis "semblent" car, en regardant d'un peu plus près (et donc, paradoxalement, en prenant du recul) la façon dont "on" nous présente les époques passées n'est pas au-dessus de tous soupçons. Il y a une idée intéressante pour aborder ces "questions de fond". Celle de la focale utilisée. C'est une profondeur de champ inadaptée qui peut être à l'origine de la croyance d'une "Terre plate" adoptée à une certaine période de l'histoire par une partie de l'humanité. Là encore, avec des intentions peu louables, "on" fait en sorte de bien appuyer sur le fait "qu'avant, les humains étaient plutôt pas futés, ignorants, bêtement croyants, etc...." : la liste jalonnant l'apparente évolution de l'humanité est longue. C'est encore un problème de focale qui est la base du manque de "vision" de la globalité de l'univers. D'une certaine façon les microscopes et les télescopes "grossissent" trop. On passe à coté de certains éléments, on saute des étapes et donc on échafaude des théories qui seront, sûrement, remisent en cause : fréquemment après des erreurs "monumentales". Dans cette optique la recherche scientifique sera éternelle. Nous pourrions développer mais là c'est carrément des bouquins qu'il faudrait écrire (d'ailleurs ils existent). Il est vrai pourtant que ces recherches scientifiques découvrent (et non pas inventent) des aspects utiles à l'humanité, mais qui sont souvent mal "gérés". De plus il est instructif de regarder quelles conditions, ambiances, etc... et quelles sources sont à la base de ces découvertes.

Réponse de mondemeilleur : … si par là vous entendez que toute vérité est relative à celui qui la regarde et donc varie aussi en fonction du lieu où l’on se trouve et de l’époque dans laquelle on vit, alors je suis tout à fait d’accord avec vous. La perception, est-il besoin de le dire, varie aussi en fonction du vécu social : pour ne  prendre qu’ un exemple, vouloir « éradiquer la pauvreté » quand on n’a jamais eu faim et qu’on n’a même jamais connu de problèmes de fin de mois, ce qui est le cas des dirigeants de ce monde qui doivent résoudre ce problème,  la faim ne  reste jamais qu’ un problème abstrait de plus à régler, tous les rapports d’experts qui les accompagnent ne peuvent rien changer à cela. D’où, malgré la bonne volonté et l’intelligence de beaucoup d’entre eux, une inefficacité totale.

De Dieu

Souvent un idée nous inspire : "L'homme est à l'image de Dieu (sous entendu de l'Univers)". Cette phrase supporte la réciprocité. Tout est dans la vision de "l'image", dans sa bonne "définition", dans son bon sens. Après ces quelques phrases vous pensez peut être, avec raison, que je suis à coté de la plaque, de mes pompes ou du sujet. Fort bien, reprenons (j'allais dire revenons à nos moutons). Mais je vais sans doute vous choquer et je n'hésiterai pas à remonter, par intermittence, « avant il n’y avait pas d’électricité »

Réponse de mondemeilleur : n’oublions pas, pour enfoncer une porte ouverte, que si l’homme est à l’image de Dieu capable du meilleur, il est aussi capable du pire. Mais si cette idée est courante, elle n’est pas intégrée. Les nazis, à part, comme toujours, les exceptions qui confirment la règle, n’étaient pas des monstres mais des êtres humains comme vous et moi qui se sont trouvé dans un espace-temps donné. C’est aussi  parce que nous partons du principe qu’ils étaient, sans mauvais jeu de mots, d’une race à part que les horreurs diverses et variées continuent à se produire dans ce monde. Est-il besoins de le préciser, les résistants n’étaient pas des anges. On souhaite seulement que si on avait vécu à cette époque on aurait fait  le choix qu’ils ont fait.

De la pilule

Avant il n’y avait pas la pilule : l'homme devait sans doute avoir une meilleure connaissance et donc un plus grand contrôle de son corps (voir les résurgences actuelles des techniques "orientales" à ce sujet). Rien n'interdit, même à l'heure actuelle, de suivre les cycles corporels (biologiques ?). Cela fonctionne très bien. On est plus attentif à "ce qui se passe", ça apporte également une certaine forme de respect. Inconvénient, on baise pas (désolé) tous les jours et avec
n'importe qui (ce n'est pas péjoratif mais ici la logique intervient ; et même plus, une "vision partagée" d'un certain type de sexualité). Si on veut absolument une pilule est il bien nécessaire qu'elle soit chimique ? Observer l'histoire des civilisations et se rendre compte de la régulation naturelle de la "masse humaine". Quelles sont les types de "civilisations" devant pratiquer une régulation des naissances ? Celles qui se sont engagées dans un "progrès sans fin"?
Et pour finir la phrase qui tue : éviter de laisser guider sa vie par la partie animale (commune dans le "règne animal") et pour cela remettre les "choses" à leur place : la fonction du sexe c'est pas celle de l'intellect (et lycée de Versailles)

Réponse de mondemeilleur : J’entends que vous préférez le retrait comme méthode contraceptive, cependant  je ne crois pas que la pilule empêche ni une bonne connaissance de son corps ni son contrôle. Mais pour celles qui le croient,  rien ne les oblige à la prendre. Libre à elles  de continuer à suivre leurs cycles, mais là où je ne suis pas d’accord, c’est quand vous dites que « çà fonctionne » (j’imagine que vous voulez dire pour ne pas avoir d’enfant ?) Si çà fonctionne si bien, je ne vois pas pourquoi une femme comme Simone Weil qui n’est pas particulièrement portée sur la frivolité, se serait battue seule contre tous pour ne pas que des femmes meurent d’utiliser des aiguilles à tricoter… de même je ne comprends pas en quoi  le retrait apporte plus le respect  que l’utilisation  de la pilule. Le respect est une attitude : laissons à chacun le choix de trouver le moyen qui lui convient pour y parvenir.

Par ailleurs, je ne sais pas si j’ai raté un épisode mais il me semble que depuis que le sida est passé par là, « on ne baise plus tous les jours avec nimporte qui ».  Ce qui me semble grave par contre aujourd’hui, c’est l’idée répandue  que tout est OK du moment que « çà se passe entre adultes consentants » La séparation de plus en plus répandue du plaisir physique et de l’affect dans la pratique sexuelle me semble contribuer à une déshumanisation de l’homme et renforcer la perte de sens qui fait la crise de notre civilisation. D’où  une réaction par la naissance d’adeptes de l’abstinence. Grand bien leur fasse.. eux, pour le coup (oups…) ne se laissent pas guider par la « partie  animale »… rappelons nous que l’homme est esprit ET corps et nier l’un OU l’autre revient à le déshumaniser en  niant la moitié de son identité. D’ailleurs, je trouve que c’est pas sympa pour les animaux, parce qu'eux, au moins, sont incapables de torture sur leurs congénères. 

De l’âge

Avant à 60 ans on était vieux : là c'est une référence "scientifique" erronée. En admettant que l'espérance de vie d'un être humain soit en progression (et encore aucune étude sérieuse sur la "préhistoire"), il s'agit d'artifices
mathématiques en vogue actuellement : les statistiques et les moyennes. De cette façon "on" cache les bienfaits d'une vie simple menée encore aujourd'hui sur certaines parties du globe terrestre. On privilégie aussi l'utilité indispensable de la médecine officielle (tu manges ce qu'on te vend, tu vis n'importe où, mais "nous" on cherche comment te guérir de
toutes les maladies que cela engendre). Sur ce sujet aussi on peut faire un blog entier (il en existe) Etre moins vieux à 60 ans mais dans quel but ? Celui qui ne "veut" pas être vieux (encore un terme à définir) ne l'est pas. La vieillesse c'est souvent (toujours) le regard des autres. Vu de notre intérieur les années ont elles du poids ? On a évolué sur le sujet ? demandez à un recruteur ce qu'il pense des "jeunes" de 50 ans.

Réponse de mondemeilleur : Là encore, sachons « focale » garder et ne jouons pas sur les mots. Soyons clair : scientifiques ou pas et d’une façon générale un homme/une femme de 60 ans aujourd’hui n’a rien à vois dans son état physique et mental avec ses grands parents au même âge. Et c’est bien comme çà. Après, pourquoi vivre plus longtemps (trop longtemps ?) et l’envers de la médaille, c’est une vraie question, trop importante pour être traitée en trois lignes ici. J'y reviendrai.

De l’avortement

Avant les femmes avortaient avec des aiguilles à tricoter : c'est quelle date l'invention de l'aiguille à tricoter ? Encore une fois attention à la réécriture de l'histoire. Pour une période récente vous avez raison. Ce qui renforce l'idée de "quelque chose qui va pas dans ce foutu monde". Mais pas forcément depuis des époques lointaines. Sans avoir fait de recherche particulière sur ce sujet, j'ai noté qu'il existait des plantes dites "abortives". Il ne serait pas surprenant que des sociétés (pas plus primitives que la notre) les aient utilisées. Dans des cas extrêmes bien entendu, car dans une structure sociale digne de ce nom les avortements ne sont, à mon sens, que des "opérations" de dernier recourt, de préservation (si je peux me permettre)

Réponse de mondemeilleur : pour les aiguilles à tricoter, recadrons : si j’habite à Clichy, que je suis au chômage, que ma méthode de retrait n’a pas marché, que j’ai 2 enfants à nourrir... je fais quoi ? Je garde l’enfant et j’en fais un brûleur de voiture ? ou je vais à l’hôpital ? parce que pour la trouver la plante à Clichy, je vais avoir quelques difficultés. Provocation mise à part, c’est une idée d’homme de penser que l’avortement peut être utilisé par la femme autrement que comme un dernier recours. Je vous invite à interroger les femmes autour de vous, et biensûr surtout celles qui ont avorté.

Vous (je le pressens) et moi-même sommes des  privilégiés qui avons la chance de pouvoir nous poser ces questions de société. Nous qui avons reçu « la bonne » ’éducation pouvons mettre les choses en perspective et élaborer des théories généreuses sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. Mais si ces positions ne sont pas relativisées par l’affect, encore une fois, c'est-à-dire en se mettant bêtement à la place de l’autre, le risque est que l’on établissent des théories intellectuelles qui tiennent très bien debout.. toutes seules, mais qui ne résolvent aucun problème. En clair, en ce qui me concerne, si la loi sur l’avortement n’existait pas, je pourrai aller avorter à l’étranger, pas cette femme de Clichy et il y en a beaucoup plus comme elles que comme moi.  Les responsabilités vont avec les privilèges.

Par Carmen Molina
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Lundi 9 janvier 2006

Samedi matin j’allume la radio (France Inter, rue des Entrepreneurs) et tombe directement sur quelqu’un qui dit à peu près ceci : « Notre société est collectivement d’accord pour dépenser sans limite pour les dernières années de la vie mais on n’est pas prêt à dépenser très peu pour aider les jeunes à démarrer dans la vie professionnelle. » Il donne l’exemple d’une personne âgée qui tombe, se casse le col du fémur, mais à cause de cette mauvaise chute devient paraplégique. On la maintiendra en vie artificiellement pendant des mois, voire des années, ce qui impliquera une dépense en terme de milliers d’euros. Par contre un jeune qui démarre sa vie professionnelle et ne trouve pas de travail et qui a besoin d’un petit coup de pouce n’est pas aidé financièrement par la société.

Je fais court ici parce que vous ne me liriez pas jusqu’aù bout : il conclut en disant que nous sommes dans une sorte de mutation anthropologique et qu’il est important d’en prendre conscience aujourd’hui afin de pouvoir la maîtriser. Il rajoute que ce problème est commun à beaucoup de pays développés mais qu’il est en quelque sorte encore aggravé en France parce qu’il y a une chape de plomb sur le sujet et qu’à cause de cela nous risquons de rater complètement cette mutation.

La matière est si riche que ma modeste contribution au débat prendra plusieurs articles, pour votre plus grand plaisir. Je vois en effet au moins quatre thèmes dans cette intervention :

-         Ce que j’appellerai « l’envers de la médaille » des progrès de la médecine

-         L’euthanasie

-         La place de la jeunesse dans notre société

-         Les tabous en France 

En attendant, je vous invite à donner votre opinion à vous sur cette « mutation anthropologique » (pas tous à la fois, je ne veux pas que mon blog explose)

Par Carmen Molina
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Mardi 10 janvier 2006

J’ai toujours pensé que les progrès de la médecine étaient un cadeau empoisonné dans la société de consommateurs que  nous sommes, en tout cas jusqu’à un certain point. Nous consommons en France du médicament comme de la nourriture, des loisirs ou des voitures et ce d’autant plus et avec d’autant moins de discernement que c’est la collectivité qui le prend en charge. Heureusement, la sécurité sociale commence à avoir, à cause justement de cette attitude de sérieux problèmes… et il va bien falloir à un moment donné mettre les choses à plat, au lieu, comme on le fait habituellement, de mettre un bout de scotch par ci par là. Je m’empresse de dire que je suis pas en train de sous entendre qu’il faut supprimer la sécurité sociale, je pense en particulier que la couverture maladie universelle (CMU) qui prend en charge ceux qui sont en extrême difficulté aurait dû exister depuis longtemps parce que c’est là que se trouve sa fonction première : faire en sorte que tout le monde puisse être soigné. Mais quand on voit les sommes englouties pour des petits bobos et en même temps l’usage abusif qui se fait à l’amont comme le financement des 35 heures par ses fonds, on se demande comment on a pu oublier à ce point sa vocation première !

Il se trouve que mes parents ont connu l’époque où elle n’existait pas et où par manque de moyens la plupart des gens allaient chez le médecin quand ils étaient à l’article de la mort. L’entendre parler aide à relativiser les choses. Les enfants qui survivaient était costauds comme des rocs et devenaient des adultes qui n’étaient jamais malades. Biensûr, j’ai eu, comme beaucoup d’entre vous, la chance de naître avec la sécu, nous avons connu sa période de vraie utilité pendant laquelle les vaccins faisaient reculer les maladies infantiles et où l’âge de la mort était repoussé… la vraie question qui se pose maintenant, c’est comment soigner et jusqu’où ? Sa manifestation la plus épineuse étant aux deux extrémités de la vie : on fait naître des enfant prématurés quasiment non viables et tenir des vieillards presque morts mais pas tout à fait, au nom du « prix » de la vie, est ce que c’est vraiment respecter la vie que d’imposer à l’un et à l’autre les souffrances qu’ils endurent ou est ce que c’est voir jusqu’où la médecine est capable d’aller et/ou rassurer les vivants que nous sommes en ne laissant pas mourir ceux qui doivent partir ?  Et si l’argent commence à manquer, qu’est ce qui est plus important, maintenir en le soignant un adulte en pleine force de l’âge et qui a une famille à charge qui a besoin de lui ou bien maintenir branché un vieillard qui ne demande qu’une chose c’est qu’on lui fiche la paix mais qui n’ose le dire pour ne pas blesser les vivants qui lui sont attachés ? 

Enfin, je vais recevoir une volée de bois vert mais tant pis : et si nous nous interrogions d’abord sur le sens de nos maladies, si nous nous écoutions pour tenter de trouver le sens de ce qui nous arrive ? Et si, lorsque nous sommes malades, nous ne pas « tuions la mouche » avec le marteau et prenions des remèdes adaptés en quantité et qualité avec la maladie que l’on a ?
Par Carmen Molina
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Mercredi 11 janvier 2006

Vous l’aurez compris ma position sur l’euthanasie découle de celle des progrès de la médecine (voir article précédent). Encore une fois, les difficultés de la sécurité sociale devrait arranger le problème avec le temps. Ma mère est décédée d’un cancer des poumons à la maison : non seulement elle a pu partir entourée des siens ce qui était son souhait et celui de ses proches mais en plus les frais de suivi médical (location de matériel spécialisé et infirmières qui venaient quotidiennement) étaient non seulement remboursés par la sécurité sociale mais aussi bien moins élevés qu’ils ne l’auraient été si elle était restée jusqu’à la fin à l’hôpital où elle serait probablement d’ailleurs morte seule dans un couloir. Cette fin aurait été impensable ne serait-ce que pour la génération précédente où on ne se posait même pas la question… et du coup le problème de l’acharnement thérapeutique ne s’est même pas posé, à partir du moment où la décision a été prise par elle-même qu’on la laisse tranquille et qu’elle a été suivie par un médecin intelligent, les seuls médicaments qu’elle prenait à la fin était des médicaments anti-douleur. Mais là encore, c’est le tabou de notre propre société sur le sujet et sa peur de la mort qui pose problème : on m’a souvent rétorqué quand je raconte cette expérience personnelle que j’avais eu la chance de pouvoir le faire, j’ai pu m’absenter de mon travail quelques jours avant la fin et prendre le relais de membres de la famille sur place. Soyons honnêtes, ce n’est pas une question de disponibilité  mais de choix personnel : est-ce que nous estimons ou pas qu’il est important de se rendre disponible pour les derniers moments de la vie de ceux qu’on aime ? Il y a donc d’abord une société où si je puis dire, la mort ne fait plus partie de la vie et où elle est devenue politiquement incorrecte.

Par voie de conséquence, il y a aussi une médecine qui veut la vie à tout prix, d’où des cas comme celui de Vincent Humbert, où on s’acharne sur un accidenté jusqu’à l’absurde, en sachant que c’est un homme qui ne pourra continuer à vivre, ainsi que son entourage d’ailleurs, que dans une souffrance insupportable, et il arrive… ce qui est arrivé.   

La question de l’euthanasie me semble donc mal posée. Elle n’est pas tant comme on la présente d’autoriser ou non à aider à mourir, mais de maintenir en vie ou non dans n’importe quel cas, pour le principe. Et effectivement, si on continue à répondre « oui » à la deuxième question, on continuera de se trouver en face de cas comme celui de Vincent Humbert. Heureusement, la plupart du temps, beaucoup de nos médecins réagissent avec courage et accepte d’aider leurs patients, avec l’accord des familles, sans que la loi ne s’en aperçoive. Quand par hasard l’un d’eux se faire prendre comme le médecin qui l’a aidé, on espère qu’il aura la chance de tomber sur le même juge, parce que s’il tombe sur celui qui s’est occupé du procès d’Outreau…

Par Carmen Molina
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Mardi 17 janvier 2006

Quand la nature décidait pour nous, de notre naissance, de notre vie, de notre mort, les choses se passaient tant bien que mal mais on en gardait le sens. Chacun avait sa place, les jeunes, les adultes et les vieux. La technologie nous a très agréablement changé la vie, en particulier pour les femmes, mais ce avec une telle rapidité que on n’a pas eu le temps de l’assimilation nécessaire à la réflexion. Ce n’est pas très original de le dire, en deux générations, on est passé de la voiture à chevaux à la fusée Ariane… on a donc fini par se prendre pour le bon Dieu, et à confondre la fin et les moyens, d’où un emballement de la machine qui devient tel aujourd’hui que c’est notre civilisation même qui est en jeu.

Les autorités diverses et variées, onusiennes et autres détruisent par exemple, avec les meilleures intentions du monde, des civilisations anciennes et avec elles la mémoire de notre humanité en faisant appliquer des règles qui n’ont aucun sens dans les milieux où elles sont imposées. On a eu un temps une réelle amélioration de nos vies en occident au moment de la libération de la femme et de la naissance de la démocratie, mais par manque de réflexion et par toute puissance, on est en train de faire une marche arrière drastique : l’argent virtuel est en train de créer des inégalités bien plus importantes que celles qui existaient du temps de nos grands parents à la fois à l’intérieur des pays développés et entre le Nord et le Sud.

L’ignorance de cet « emballement » crée des retours en arrière aussi au niveau des libertés avec la naissance d’intégrismes un peu partout, y compris dans nos pays développés. On ne peut pas impunément continuer à ignorer cet état de fait, et ce même toute générosité mise à part, parce que c’est pour nous aussi une question de survie. 

On voit bien que le changement ne viendra pas du « haut », encore moins en France où la classe politique est bien trop occupée par elle-même (voir notre article d’hier). Elle ne pourra venir que d’en bas, d’une citoyenneté assumée, en espérant que la conscience se réveillera le plus tôt possible

Par Carmen Molina
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Vendredi 24 mars 2006

Tag vu dans le métro parisien ce matin (si on arrive à faire abstraction des affiches publicitaires, il y a plein de trésors cachés dans ce métro) : « Dans GREVE il y a REVE et il y a GUERRE » en quelque sorte, la grève serait la guerre pour réaliser le rêve. Se battre pour ses rêves est sain et même indispensable si on décide un jour de donner un sens à sa vie. Mais dans cette aventure humaine, les écueils sont nombreux : celui de se tromper de rêve, celui de se battre pour se battre, celui de se tromper d’adversaire et j’en passe… le pire étant à tout prendre de ne rien faire.

La révolte qui gronde en ce moment me paraît être une colère tout à fait légitime et de fait elle est d’autant plus violente que ce qui était un acquis, à savoir une certaine sécurité financière, est en train de devenir un rêve. C’est ce retour en arrière qui est redoutable et dont nos gouvernants ou bien n’ont pas encore pris la pleine conscience, ou face à quoi ils se croient impuissants, ou les deux ce qui promet, faute de sursaut de leur part, des réactions de plus en plus fréquentes et violentes.

Une chose m’a frappée personnellement, c’est que pour la première fois, il n’y a pas de cassure entre les générations ici, et on a vu des parents, voire des grands parents défiler auprès de leurs enfants. C’est qu’eux ont connu des temps plus favorables et ne veulent pas les voir perdre ce dont ils ont bénéficié. Ce n’est donc pas « une révolte de plus », çà ressemble quand même à une généralisation certes progressive mais réelle de la contestation.

Il reste que, si la révolte est légitime, le combat est inégal et si on ne réfléchit pas à une stratégie, ce sont les extrémistes qui vont en tirer les bénéfices et pas les étudiants. Et par ricochet, ceux beaucoup plus haut, qui se partagent, en très petits nombres, les bénéfices de la mondialisation.

Se battre donc pour que le CPE ne passe pas est je dirai « logique », mais pour être efficace considérons le problème dans son ensemble : la réalité c’est que la mondialisation est quelque chose sur laquelle on ne peut pas revenir qu’on le veuille ou non et le repli sur soi ne sert tout simplement à rien, autant essayer d’arrêter les oiseaux migrateurs avec des filets pour empêcher la grippe aviaire. Dans le même temps, la réalité française est la suivante : un système éducatif qui ne répond pas aux besoins des entreprises, un arc-boutage de la société française face à tout changement, accentué par la précarisation, un conservatisme des institutions comme nulle part ailleurs dans les pays développés, un des exemples récents étant l’institution judiciaire avec l’affaire d’Outreau.

Dans un tel contexte, si le CPE passe, c’est effectivement une catastrophe vu le conservatisme des banques pour les prêts et des propriétaires qui demandent des garanties qu’une partie de plus en plus réduite de la population peut donner, y compris, et çà aussi c’est à la fois nouveau et inquiétant, parmi la population qui travaille. Même si une souplesse de l’emploi est nécessaire voire indispensable, dans le contexte que je viens de décrire, institutionnaliser le contrat à court terme pendant lequel on peut mettre du jour au lendemain un jeune à la porte, c’est empirer le problème. Les plus libéraux disent que çà se passe bien en Angleterre, mais si les gens sont effectivement mis à la porte du jour au lendemain et s’en sortent là-bas c’est parce qu’ils peuvent aussi retrouver du travail du jour au lendemain ce qui n’est pas le cas chez nous.

Faisons donc attention à ne pas nous tromper de rêve : celui du CDI tel qu’il se présentait pour nos parents est irréalisable et ce n’est pas forcément le contrat à court terme qui est mauvais en soi, c’est le cadre dont il fait partie qu’il faudrait changer pour que les solutions d’adaptation à la souplesse à laquelle on est obligé aujourd’hui soit possible; sans forcément chercher à imiter tel ou tel voisin, on peut trouver la solution qui nous convient le mieux, mais pour çà il faut déjà pouvoir l’envisager, donc intégrer que dans certains domaines le changement est indispensable. A tout vouloir garder en l’état, on va finir par tout perdre. Mais la perversion est dans le fait qu’on nous demande une souplesse qui est synonyme de sacrifices un peu plus importants à chaque fois alors que la souplesse, dans un cadre lui-même dépoussiéré, serait synonyme d’amélioration de notre condition et non pas de détérioration.

On se trompe aussi d’adversaire car le danger est dans l’économique et non pas le politique puisque depuis quelques années, le politique est au service de l’économique et non pas l’inverse comme certains semblent encore le croire. Si on doit entrer en guerre c’est pour que le politique reprenne les rênes de l’économique, au lieu de combattre pour le départ de Villepin ou de tartampion.

Voir la réalité en face pour les politiques c’est prendre conscience que ne plus pouvoir avec un salaire moyen se loger et vivre convenablement est une situation explosive qui deviendra vite pour eux ingérable.

Voir la réalité en face pour les français c’est prendre conscience qu’on ne peut pas continuer à refuser certains changements mais aussi et surtout que les rênes sont entre nos mains, qu’on a encore la chance d’être en démocratie mais que si on veut gagner la guerre,  il faut afiner notre stratégie.

Par Carmen Molina
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Jeudi 13 avril 2006

Je veux bien d’un monde meilleur mais pas du meilleur des mondes. La nuance est subtile mais essentielle : c’est dans la différence entre la volonté authentique de changer les choses et qui suppose toujours la prise en compte de l’autre et la volonté de modeler le monde à son image, ce qui suppose plier l’autre aux principes que l’on croit juste. C’est ainsi que le mieux peut parfois être l’ennemi du bien et le meilleur devenir le pire. La difficulté est que parfois, ces principes-là sont attrayants et ceux qui les soutiennent, souvent sincères. Il y a un moyen de faire la différence entre les deux, c’est de mesurer la peur. On ne peut pas, quand on a trop peur, être ouvert aux autres et à un monde meilleur, on impose alors son meilleur des monde… c’est mon quart d’heure philosophique et vos commentaires seront vos devoirs de vacances pour le week-end de Pâques, ne répondez pas tous à la fois.

Par Carmen Molina
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Lundi 24 avril 2006

« Ne demande pas ton chemin à celui qui le connaît, tu pourrais ne jamais t’égarer... » J’ai entendu çà en zappant l’autre jour et ne me rappelle plus de l’auteur de cette belle phrase paradoxale. C’était un artiste qui la citait, ce qui n’est pas étonnant, le créateur étant tenu constamment à sortir des sentiers battus pour pouvoir inventer.

 Mais elle devrait aussi donner à réfléchir à tout un chacun à chaque fois qu’on bute sur un problème et qu’on n’en trouve pas la solution, c’est à dire à chaque fois qu’il faut être créatif : il y a un moment où il faut sortir de son chemin, changer de direction, et si on ne la trouve pas tout de suite, accepter de pouvoir se perdre avant de trouver le bon chemin. Il y a forcément du désordre dans le changement. Changer, c’est sortir de son chemin et suppose des moments d’égarements et d’inconfort. C’est vrai sur un plan personnel mais c’est vrai aussi sur le plan

d’une nation.

 

Par Carmen Molina
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Mardi 25 avril 2006

...Autre extrait de "Nos vaches sacrées" de Guislaine Ottenheimer, chez Albin Michel

Face au climat dépressif, au sentiment d’impuissance qui s’est installé en France, il faut éviter 2 écueils. Trop de dureté, une attitude qui consisterait à minimiser les souffrances, à haranguer les gens pour qu’ils acceptent les efforts. Sans faire de pédagogie, sans engager le dialogue (Juppé). Cela risque de générer une réaction de fuite, de refus. L’autre écueil est inverse : une écoute trop bienveillante, qui va entretenir les craintes, les peurs, la mythomanie et va conduire la société à se réfugier dans cette complicité familière (Chirac). Les 2 attitudes sont nocives.

..... La France fait penser à un alpiniste en situation difficile. Il est dans un passage délicat. Il faut atteindre un petit piton pour sortir de la voie. Mais il ne veut pas lâcher la prise à laquelle il s’est accroché tant qu’il ne sait pas où il doit aller. Il veut qu’on me rassure, qu’on le guide, qu’on lui montre tranquillement comment déplacer légèrement ses pieds vers la droite, puis glisser doucement sa main droite vers un petit rognon : il sera alors en mesure de mettre son pied gauche sur la fissure et ensuite d’atteindre la crête. Si on l’engueule, en lui donnant sans cesse des ordres et des contrordres, il va se crisper, ses muscles vont se tétaniser.

C’est exactement ce que font les dirigeants qui ne cessent d’hésiter sur l’itinéraire, avancent, hésitent, renoncent. En réalité ils font semblant. Plus rien n’a d’importance. Les hommes politiques semblent uniquement préoccupés par la gestion de leurs carrières. On est passé de l’impuissance à la maintenance, puis de la maintenance à l’apparence.
Par Carmen Molina
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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