La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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De l'éducation

Vendredi 9 décembre 2005

L’éducation en France, c’est un peu comme la sécurité sociale : elle engloutit des sommes colossales, mais ce n’est jamais assez d’une part, et d’autre part, elle est par là-même soumise régulièrement à des réformes diverses et variées dont on se demande à chaque fois quels en sont les effets puisque au bout du compte la litanie au bout du compte est toujours la même : le-niveau-n’arrête-pas-de-baisser.

 Rien ne me donne autant l’impression de gâchis que de voir comment l’incroyable créativité et envie d’apprendre de TOUS les enfants se heurtent à ce laminoir qu’est l’Education nationale qui est faite moins pour leur donner une éducation que, de plus en plus, pour calmer les angoisses de leurs parents quant à leur avenir professionnel (à l’instar du pull que la mère met à l’enfant quand elle a froid)… en vain bien entendu sauf pour les quelques rares privilégiés dont les parents et les parents des parents sont passés par là et ont une totale adaptabilité aux règles du jeu. Il faut donc se poser la question : de quel niveau parle-t-on ? Si c’est de leur niveau d’adaptabilité, alors oui çà ne m’étonne pas qu’il n’arrête pas de baisser. J’ai eu mes diplômes au début des années 70 et je peux vous dire que je n’avais ni la masse de travail ni la pression que mes enfants subissent aujourd’hui.

Pour ne prendre l’exemple que de mon fils qui était en seconde l’année dernière, il partait au lycée le matin à 6h30, revenait le soir à 19h et faisait ses devoirs après le dîner jusqu’à pas d’heure. Quand on compare ce qui se fait en la matière dans les pays étrangers comparables où les enfants ont des emplois du temps beaucoup moins lourds (en Grande Bretagne, en Allemagne et en Italie pour ne citer que ces trois pays, les enfants ont quasiment un tiers de temps en plus de libre que les nôtres) et ne paraissent pas moins éduqués que nos enfants. Sans compter que le chômage des jeunes y est beaucoup moins élevé que le nôtre. Alors ?

(1) Vu le sujet, il y aura plusieurs articles, celui-ci est le premier de la série si je puis dire

Par Carmen Molina
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Lundi 12 décembre 2005

A l’étranger, les résultats de l’éducation française sont considérés de façon très positive en général. C’est un fait que « le par cœur » (que l’enfant comprenne ou ne comprenne pas) et le parti pris de la culture générale fait que l’enfant engrange un certain nombre de choses dans des domaines très divers. Ceci évite par exemple les «blancs» qui existent dans l’éducation des petits américains dont la spécialisation se fait trop tôt (j’ai rencontré une jeune diplômée qui venait des Etats-Unis qui ne savait pas qu’on parlait français au Québec, et ils sont voisins ! ...Elle pensait que tout le Canada était anglophone). Mais si ce parti pris est à priori positif, s’il dure trop longtemps et si la spécialisation se fait trop tard et par ailleurs sur une base uniquement théorique, on obtient, ce n’est pas très nouveau, des adultes qui se débrouillent très bien dans les dîners en ville, mais qui n’ont appris aucun métier à la fin de leur étude… ce qui n’empêche pas, et çà c’est nouveau, que les employeurs demandent des BAC +  2, 3 etc.. pour des postes qui ne nécessitent absolument pas toutes ces connaissances à la fois générales et théoriques. Lorsque ma fille cherchait un babysitting presque toutes les annonces du CIDJ demandait un BAC plus 2… comme si un diplôme avait quoi que ce à voir avec le fait d’être responsable et d’aimer les enfants, ce qui me semble autrement  indispensable pour les garder. 

Cette volonté de créer des élites et non pas de trouver une place pour chacun gangrène cette société et non seulement est dramatique pour les enfants car elle leur donne dès le plus jeune âge un sentiment d’échec qui sera long à effacer mais elle crée aussi un chômage impossible à canaliser et qui n’est pas prêt de diminuer (je veux dire autrement qu’en jouant avec les chiffres). Il m’est arrivé, un peu plus souvent que de temps en temps, en aidant mes enfants à faire leurs devoirs au collège, de ne RIEN comprendre à l’énoncé, et je suis diplômée de sciences po.

Et si on rêvait ? Et si un jour on réalisait que les enfants sont TOUS, j’insiste, sans exception, bon à quelque chose et qu’il n’y a pas de matières nobles et d’autres qui ne le sont pas. Et si on croyait qu’il est possible de doser à bon escient, théorie et pratique, culture générale et spécialisation ?  Et si un jour on refaisait une éducation nationale pour l’intérêt des enfants et par la même pour celui de notre société qui, en formant des diplômés chômeurs créent des citoyens frustrés qui ne sont pas à leur place. Le pire étant ceux qui n’en ont pas et qui croient qu’ils ne s’en sortiront jamais… et à l’autre bout de la chaîne, les diplômés de l’ENA qui sont propulsés PDG de tel ou tel entreprise dont ils ne connaissent rien. Enfin ceux-là au moins, s’ils font mal leur boulot, ils sont virés avec des primes qui leur garantissent leurs vieux jours.

Qu’on ne parle pas de manque d’argent ni de moyens, encore une fois l’argent est là. Il est urgent pour eux et pour nous de redonner espoir et confiance en l’avenir à nos enfants en les aidant, chacun, à trouver la place qui lui convient.

Par Carmen Molina
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Mardi 19 décembre 2006

A la radio ce matin, j’entends parler du travail des enfants, avec pour exemple chez nous, les lycéens travailleurs qui représentent 5% des lycéens et dont l’animatrice paraissait se soucier. Avant que, pour illustrer son propos, un jeune lycéen ne parle, j’imaginais le pire, des jeunes ados obligés à travailler pour pouvoir continuer à étudier ou que sais-je encore. Après l’avoir écouté, il s’avérait qu’il travaillait 7 heures par semaine en baby-sitting pour avoir de l’argent de poche. Il disait que c’était difficile au niveau de l’emploi du temps, mais qu’il suffisait de bien s’organiser. Moi qui avais autorisé ma fille de 14 ans à l’époque à garder une petite fille, (sur sa demande bien entendu et en la présentant aux parents de la petite fille en question, puisqu’elle était mineure), en pensant que çà la responsabiliserait et lui ferait prendre conscience de la valeur de l’argent, je me découvrais soudain abuseur d’enfant. Car parler de « travail des enfants » comme un fait de société négatif comme c’était présenté dans cette émission, en utilisant le même terme qu’on utilise quand on parle d’enfants de 8 ans qui travaillent 12 heures par jour 7 jours par semaine dans certains pays me paraît significatif de la façon dont nous élevons nos enfants en France.

En effet dans notre pays, passé l’âge de la petite enfance, un enfant doit étudier exclusivement. A la limite, il peut s’amuser un peu le week-end, mais le reste du temps est consacré à étudier et « se construire un avenir ». C’est comme çà qu’ils se retrouvent avec des emplois du temps qui, si on additionne les devoirs aux heures de cours, peuvent dépasser de loin le temps de travail des parents, en particulier à partir de la seconde (rappelons qu’en France le temps légal de travail est de 35 heures). Et tout le monde trouve çà tout à fait normal. Donc cette animatrice s’insurgeait contre les 7 heures de baby-sitting, qui entre parenthèses, devaient probablement être une bouffée d’air frais pour ce lycéen, alors que l’école impose à nos enfants des emplois du temps de ministres. Qui est l’abuseur d’enfants ? L’employeur de ce lycéen ou l’école ?

Et si aider un enfant à construire son avenir, c’était aussi lui apprendre à se socialiser, à apprendre à connaître cette société dans laquelle il va vivre et qu’il ne découvre malheureusement en ce moment qu’à la fin d’un cycle plus ou moins (trop ?) long d’études à la fin duquel il se retrouve dans un environnement social dont il ne connaît pas le mode d’emploi ? Et si l’ampleur du chômage en France était dû aussi à çà ? Comment savoir chercher un travail quand on a passé plusieurs années la tête exclusivement dans les bouquins ? Il ne faut plus que l’angoisse des parents soit le seul moteur de l’éducation des enfants, surtout lorsque les diplômes ne donnent pas accès à un emploi.

Par Carmen Molina
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Vendredi 12 janvier 2007

Moi je sais pas pour vous, mais là où je travaille, l’état des WC…. comment dire ?... je cherche le terme exact…. c’est merdique, c’est dégueulasse, j’en peux plus ! On a le taux le plus élevé de diplômés au mètre carré, même la femme de ménage, pardon, la technicienne de surface, est licenciée. On a tous les fils et filles à papa de la terre, toutes nationalités confondues, bien élevés et tout, il faut respecter le protocole, je te raconte pas, moi, des fois j’ai des réactions bizarres parce que je parle à tout le monde de la même façon, c'est-à-dire avec respect, normal quoi. Même aux ambassadeurs, ben oui, je dis bonjour monsieur (« votre excellence », je m’entraîne dans la tête, mais j’arrive pas à le dire, surtout quand je sais par la bande comment certains agissent), comme à la femme de ménage, bonjour madame. Donc, des fois, on me regarde de travers à cause de çà (non pas la femme de ménage, l’ambassadeur). Tu pourrais croire que ces gens-là laisseraient les WC propres…

Alors là tu vas penser que je suis un peu maniaque sur les bords, mais je le jure, je suis pas une ménagère assidue, la plupart de mes copines nettoient beaucoup plus souvent que moi leur appart, j’ai honte de le dire mais comme je vis seule, je fais même pas la vaisselle tous les jours des fois, mais quand je vais aux WC au bureau et que, toujours dans le même WC, la chasse n’est jamais tirée, merde !

J’ai eu la tentation très vive d’aller voir chez les messieurs pour comparer, mais j’ai pas envie de perdre le peu de réputation qui me reste, et puis des fois j’entends des bruits bizarres, des gens qui font des ablutions curieuses ou quelque chose comme çà, si çà tombe c’est le délégué d’Arabie Saoudite et il va en profiter pour me lapider… trop dangereux.

Bon là, après la bible, le retour sur terre est un peu dur, mais j’avais envie de pousser ce coup de gueule, voilà, c’est fait.

Par Carmen Molina
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Mardi 23 janvier 2007

Ce matin, quand je me brossais les dents, c’était au tour de Dominique Voynet d’être interviewée à la radio. Le présentateur lui a demandé logiquement pourquoi Nicolas Hulot avait 11 % des intentions de votes s’il s’était présenté aux prochaines présidentielles et elle en dessous de 2 %. On pourrait rajouter pourquoi en quelques mois il a réussi à faire ce que les Verts n’ont pas réussi en quelques années, à savoir mobiliser la majorité de l’opinion publique sur les sujets écologiques. Déjà, la forme de la réponse de Dominique Voynet est une réponse en soi, avec un débit accéléré, les mots à moitié mangés, sur un ton défensif. Les méchantes langues diront qu’un animateur de télé a plus de chances de convaincre qu’un médecin mais la vérité c’est que Nicolas Hulot a une tout autre approche de la problématique écologique et une attitude complètement différente à la fois de celle de Dominique Voynet et de celle des Verts jusqu’à maintenant en général. Au forcing, au coup de pub médiatique à la José Bovet , au jusqu’au boutisme, au purisme stérile, il oppose avec calme et détermination, sa pédagogie,  sa recherche de « petites solutions » à multiplier chacun à son niveau. Contrairement à ce que pensent beaucoup, les choses sont bien faites : la forme rejoint souvent le fond et l’opinion le sent bien qui est prête à accepter les changements pour peu qu’ils soient présentés sans culpabilisation, sans ségrégation, avec mesure et dans l’esprit sincère de recherche de solutions collectives. Il est vrai que ces qualités manquent à beaucoup de nos hommes et femmes politiques, et c’est peut être parce que Nicolas a compris qu’il serait mangé tout cru et beaucoup moins efficace s’il se présentait en personne aux élections que finalement il a décidé de ne pas le faire. Avec raison.

Çà prouve une fois de plus ce que je crois profondément : les changements indispensables viendront de la société civile, et pas seulement pour l’écologie.

Par Carmen Molina
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Jeudi 25 octobre 2007

Hier matin à la radio, je suis tombée sur une déclaration de Noël Forgeat, ancien patron d’EADS parti avec une indemnité de plusieurs millions d’euros et soupçonné dans l’affaire de délits d’initiés. Qu’il soit coupable ou non n’est pas ici le propos, ce qui m’a littéralement estomaquée, c’est le contenu de sa défense, il disait en bref : j’ai fait parti des grands patrons qui ont fait l’histoire économique de notre pays, à EADS j’ai recruté 16 000 personnes et n’en ai licencié que 5000 quand la société était en difficulté, et aujourd’hui je suis victime d’une machination dégradante, etc.… Carrément, cet homme pensait avoir fait l’histoire de notre pays avec une petite poignée d’autres, et avait personnellement recruté (quelle générosité !) la population d’une ville entière. Etant en formation de psychothérapeute, je me suis dit : mais qu’est ce qui fait qu’un homme peut devenir à ce point mégalomane, et j’ai naturellement d’abord pensé…. aux mères !  Du coup je me suis mise à écrire le petit poème qui suit, soyez indulgents, je suis comme vous pouvez le constater loin d’être une spécialiste du genre. J’espère en tout cas que vous vous amuserez à le lire autant que je me suis amusée à l’écrire.

 

Chères mères,

Vous qui avez mis au monde des êtres mâles encore petits,

Ecoutez bien ce que dit Carmen votre amie :

Si vous ne voulez que votre fils  devienne un abruti

De lui, il ne faudra demander de remplacer un mari

Ni ne faudra le prendre pour Jésus-Christ

Ceci, y compris si juive vous n’êtes pas.

Sans cela, vous arriveront toutes sortes de tracas

Moins graves cependant qu’à la société qui l’accueillera :

Pour le bon Dieu il se prendra,

Pauvre, il volera, riche tout autant, mais en prison n’ira pas !

Immature, dans les deux cas, toujours il restera.

Alors, femmes aimantes de ces petits bouts turbulents,

Pour autant laissez la place au papa,

S’il y en a un toutefois.

Sinon, trouver un substitut, c’est urgent !

Avant que nos filles refusent ces amants !

Post-scriptum 1 : je précise que je suis la mère d’un garçon de 17 ans dont je suis très fière, et j’avoue que j’ai eu du mal des fois à résister à la tentation de déification, mais Noël Forgeat est définitivement un moteur de recadrement (entre parenthèse c’est peut-être son prénom qui  lui fait penser qu’il est le Christ ?).

Post-scriptum 2 : je vais essayer de faire une lettre aux mères des filles, les écueils ne sont pas les mêmes, mais Dieu sait qu’il y en a…

Par Carmen Molina
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Vendredi 26 octobre 2007

Comme promis, après la lettre des garçons voici la lettre des filles.

 

Chères mères,

Vous qui d’une petite fille avez accouché

D’un petit morceau de membre manquant

Au combien important

Cela jamais ne leur reprochez

La société s’en chargera tout autant

De sa beauté ne prenez ombrage

Celui qui l’aimera ne vous aimerait pas

Réjouissez-vous que d’une sœur de cœur

Vous vous êtes dotée

Pour de la vie partager les secrets.

De  son père encouragez la parole tendre

Et douce pour qu’en sa vie de femme

Le moment venu elle puisse croire

Pour que de revanche à prendre

Envers l’autre sexe elle ne rêve

Et qu’elle soit heureuse un jour

D’enfanter une petite fille à son tour

Post-scriptum 1 : je suis la mère heureuse d’une femme de 21 ans et là tout de suite j’ai des larmes pleins les yeux...

Post-scriptum 2 : La prochaine c’est une lettre pour les mères tout court, j’aime bien cet exercice… 

Par Carmen Molina
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

 ************************

QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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