La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Mercredi 13 août 2008

En vacances, dans une maison de location, je suis tombée sur un vieux journal de décembre 1999 où j’ai trouvé un article sur le passage à l’an 2000. Je vous le retranscris tel quel. Il semble que l’auteur ait tort sur un point : le siècle qui venait pouvait effectivement être plus mauvais, l’homme n’ayant pas plus appris que dans les siècles précédents à se méfier de lui-même, mais il a raison sur un autre : toujours une alouette se sauvera.

Faut-il regretter cet affreux XXe siècle qui jetait ses derniers feux, tandis que les bombes russes pleuvaient sur Grozny et que les nappes de fioul fondaient sur Belle-Ile ? Non, franchement, il n’y a pas de quoi pleurer dessus. Ces dernières semaines, les prosélytes du progrès et de la croissance nous ont rebattu les oreilles aves les mille et une merveilles que l’homme a inventées en cent ans. A juste titre. La liste est impressionnante, même si la connaissance semble avancer dans un monde qui recule au fur et à mesure devant elle, tant il devient complexe.

Que savons-nous des grandes questions qui hantaient déjà Aristote et Platon ? Pas grand-chose. Qu’avons-nous appris sur le mal qui continue de ravager la terre, comme aux premiers temps ? Rien, ou presque. Nous n’avons toujours pas percé l’énigme de la conscience, ni celle de Dieu. Ces mystères nous dépassent toujours, même si nous feignons souvent d’en être les organisateurs.

Il y a quelque chose de pathétique à voir l’homme se cloner, marcher sur la lune, ou explorer le système solaire, quand il ne se comprend pas lui-même, et qu’il reste son pire ennemi. C’est ce qu’il a prouvé tout au long de ce siècle, avec la Shoah d’abord, quand les nazis industrialisèrent l’extermination des juifs au nom de la « race pure », ou avec les charniers du communisme dans l’ancienne Union soviétique ou en Chine populaire, quand les marxistes massacraient le peuple pour son bien.

Que des armées de benêts ou de jobards aient pu tomber dans le panneau de ces idéologies mortifères, on a peine à le croire, tant leur littérature est débile. Relisez-là. C’est à rire, ou plutôt à pleurer. On n’arrive pas à comprendre, aujourd’hui, que Hitler ait fait partager sa démence à tant de monde, que le IIIème Reich ait pris son envol sous l’œil indifférent des grandes nations , qu’il ait trouvé tant de louangeurs en leur sein ou que, de ce côté-ci du Rhin, un personnage comme Maurras ait pu passer pour un grand penseur, ce dindon solennel atteint de délire antisémite, qui allait jusqu’à accuser les Juifs de prescrire des sacrifices humains. Au fou ! Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit devant toute cette haine baveuse et criminelle.

On ne peut davantage excuser les intellectuels et tous ceux qui célébraient, la bouche en cœur et les yeux fermés, l’abomination soviétique avec les mots bêtas de Thorez : « La vie est toujours belle dans les cités ouvrières et les kolkhozes où les fleurs tapissent les pelouses et embellissent les logements. Grâce à Staline, le citoyen soviétique connaît déjà ce monde heureux où, selon la parole de Marx, il y a pour tous du pain et des roses » (1949, discours à la Mutualité). Par bêtise ou aveuglement, ils se rendirent complices de crimes contre l’humanité. On aura du mal à fermer la porte de ce siècle qui s’achève, à cause de tous les monceaux de cadavres qui sont entassés derrière, les cadavres de nos Gengis Khan modernes. On répugne à les pousser. Puissent-ils rester longtemps à découvert, pour se rappeler à notre mauvaise conscience.

Certes, notre siècle aura été celui de Gandhi, de mère Theresa ou de Martin Luther King. Sans oublier Edith Stein, Jean-Paul II ou Nelson Mandela.

Mais il restera surtout, hélas, celui de Hitler, de Staline et de Mao, les trois monstres qui l’auront le plus marqué, et je ne parle pas de leurs petits, comme Pol Pot, Hodja ou Ceausescu.

Le siècle qui arrive ne pourra pas être plus mauvais. Mais l’homme gagnera au change s’il sait tirer les leçons du précédent. En apprenant à se méfier de lui-même, c'est-à-dire du loup qui sommeille en son for intérieur. Il y a dix ans, la Yougoslavie était un havre de tranquillité, la dictature (molle) en plus. En moins de rien, le passé est monté à la surface, ses habitants sont retombés dans l’enfance du monde et ont commencé à se tuer entre eux, comme à l’âge de pierre pour des questions de bornage.

Souvenons-nous-en. Il paraît que la Yougoslavie faisait partie de notre civilisation européenne, notre civilisation européenne toute gorgée de suffisance morale, qui, soit dit en passant, a enfanté les deux idéologies les plus criminelles du siècle. Même à l’heure de la mondialisation, et de la mise en réseau de la planète, l’histoire reste, comme au temps de Shakespeare, une tragédie racontée par un fou. Tous les éléments sont là, pour les drames à venir, les inégalités croissantes entre pays riches et pays pauvres ou les antagonismes grandissant entre les géants démographiques que sont la Chine et l’Inde, qui sera bientôt la nation la plus peuplée de la terre. Sans parler bien sûr des catastrophes naturelles et des virus mutants qui nous guettent. Rien, pourtant, ne doit nous condamner au pessimisme. Le plus grand prophète de malheur qu’était Ezéchiel fut aussi un grand prophète d’espérance et Goethe avait raison quand il maugréait, pince-sans-rire : « Tout s’arrangera, et, si le ciel tombe, il se sauvera bien une alouette ». Nous serons l’alouette si nous nous sommes préparés à tout, même au pire.

Bonne année, bon siècle !

Par Carmen Molina - Publié dans : Mutation anthropologique
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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