La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Mercredi 9 juillet 2008

A la demande générale de Nirvana, voici la fable de l’huître et du poulpe, bonne dégustation à vous tous et… toutes bien sûr et bonnes vacances en couple, ou pas

 

Révoltée tout autant que pleine de frayeur

A l’idée de tomber aux mains des mareyeurs

Une huître jeune et belle entreprît d’échapper

A son fatal destin : le panier du pêcheur,

De l’écailler la lame, puis la dent du dîneur ;

Car l’homme des tavernes a du goût pour happer,

Gober et déguster les fruits de l’océan

Profitant de la nuit, sans plus atermoyer,

Du banc de ses ancêtres elle ôta son séant

Roulée par les courants, brassée et à demi broyée,

Notre coquillage trouva refuge enfin

Dans l’épave noyée d’un vaisseau ancien

Là l’huître s’endormit, rendue mais soulagée

Or dans le ventre obscur de la galère

Vivait déjà, triste et célibataire

Un poulpe dont la mère était naguère

Passée de vie à trépas fort âgée

Il ne guérissait pas notre céphalopode

De la détresse de ce deuil, cherchant sans cesse

Quelque nouvel objet qui méritât sa tendresse,

A qui son cœur brûlât de dédier une ode

Qu’il pût chérir, combler d’attentions majuscules

Envelopper aussi de multiples caresses

Qu’il dispensait fort bien de ses huit tentacules

Qu’elle était donc mignonne, dans son pourpoint vert

Et son écrin nacré qu’elle avait entr’ouvert,

Notre jeune fugueuse assoupie dans le soir…

Je vous laisse à penser la suite de l’histoire:

Le poulpe sut si bien jouer de la ventouse

Que l'huître il séduisit et en fit son épouse

Et pourtant, certains soirs, la bisbille et la brouille

S’installent tout à coup au cœur du couple heureux :

Au milieu des ébats, le mollusque peureux

Retrouve sous l’étreinte du mari la trouille

Enfouie dans l’ostréenne mémoire,

D’être ouvert de force, d’être aspiré,

Dévoré ; englouti par quelque monstre noir,

Il ferme le clapet de sa couche livide

Mais l’octopode alors revit son cauchemar :

Le silence, et surtout l’insupportable vide

Laissé par le départ du maternel calmar

Tentant d’amadouer son bivalve précieux,

Shiva perdu chez Neptune, notre amoureux

Lui fait une prison de tous ses bras noueux

Plus il enserre et plus l'huître se claquemure

Plus elle se retire en sa crayeuse armure

Plus il la ligote, en lui demandant pardon,

Tant l’agite la peur d’un nouvel abandon

Alors, si ce sont là si absurdes façons,

Comment donc expliquer, où trouver la raison

Que tant d'huîtres convolent avec tant de supions ?

De leur union parfois naît une créature

Mi-pieuvre, mi-mollusque – étrange géniture ! –

Ayant de l’un hérité la terreur

D’être largué, et de l’autre l’horreur

D’être tenu serré, d’être étouffé

Cet être vit séduit autant que repoussé

Par l’idée d’un hymen ou de l’intimité :

On le voit qui passe sa terrible existence

A tendre les bras à ceux qu'il tient à distance !

Oui, sous la surface du drap bleu que les anges

Etendent sur les eaux, bien des choses étranges

Se passent en dehors des usages et à l’abri des yeux

Grâces en soient rendues aux Dieux, il n’est loisir

D’en voir d’aussi belles en nos terrestres lieux !

Là, chacun reconnaît l’objet de son désir

Ou de sa répulsion, agit et pense clairement

Et cultive en son cœur de bien purs sentiments

Et pourtant, quelquefois, je regarde au-delà

Et je me dis que nous autres humains

Ressemblons fort à ce couple marin :

N’allons-nous pas choisir pour compagnon de route

Justement celui-ci, justement celle-là

Dont nous souffrons le moins la façon dont il joute

Pour se mettre à l’abri des dangers qu’à ses yeux

Lui font courir nos artifices et nos jeux

Le propos de ma fable est de vous avertir :

Le paradis des amants peut dissimuler un bagne :

A tout le moins, j’ai cherché à vous divertir,

Toi qui me lis, ton compagnon ou …ta compagne

Alain Crespelle                               Janvier 1986

 

Par Carmen Molina - Publié dans : De l'amour
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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