La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Lundi 28 avril 2008

Ah la responsabilité de l’Occident sur la pauvreté dans ce qu’on appelait autrefois les pays en voie de développement et qu’on appelle aujourd’hui les pays émergeants (enfin, pas tous émergeants justement) ! comment elle les a volé, comment elle s’est servie de leurs terres pour ses propres besoins, comment elle a imposé un développement inadéquat dans des cultures qu’elle ne comprenait pas. La Chine et l’Inde ont admirablement compris la leçon et l’élève dépassant le maître, appliquent à la lettre pour leurs plus grands profits, des principes économiques de base sur lesquels nous-mêmes aujourd’hui nous interrogeons. Parce que nous avons fait le tour du progrès en matière de capitalisme et que nous commençons à en être les victimes, peut-être ? Parce que nous avons perdu le leadership ? Parce qu’est né de tout çà une espèce de monstre appelé capitalisme financier débridé dont le contrôle nous échappe de plus en plus ? Ironie de l’histoire, les pays émergeants exploitent avec la même verve que les pays industrialisés du début du 20ème siècle ceux qu’on n’ose même plus appeler en voie de développement parce que ce qui était une voie est devenu une impasse. Ainsi la Chine fait travailler sans états d’âme des africains 10 à 12 heures par jour sept jours par semaine pour faire exploser son taux de croissance. On en viendrait presque à regretter le paternalisme du capitalisme débutant où le patron avait encore un semblant de conscience. Sans parler du dommage écologique. Un (très maigre) avantage à cette histoire : sans vouloir minimiser les méfaits de la colonisation, on voit bien là qu’il n’y a pas d’un côté les méchants colonisateurs occidentaux et les gentils colonisés colorés, si tant est qu’on le croyait encore.

D’ailleurs, comme très souvent, tout cela partait en général d’un très bon sentiment : on voulait leur donner les moyens de développement qu’ils n’avaient pas. On voulait lutter contre la pauvreté par l’économie (quand j’entends « éradiquer » la pauvreté, çà me fait bondir, la violence des mots entraînant souvent des violences de situations). Ce faisant, et c’est là le plus triste de l’histoire, on ne s’est pas rendu compte qu’on les dépossédait d’eux-mêmes. Pauvres ils étaient certes, mais tant bien que mal, ils mangeaient et ils avaient ce qui est essentiel à l’être humain après la nourriture, la liberté et le respect de soi. Non seulement ils sont aujourd’hui privés de l’essentiel, mais ils sont devenus des sous-prolétariats urbains. En même temps, et ce n’est certes pas une consolation, se développe aux USA et dans certaines villes européennes, la formation d’un prolétariat de « riches » qui n’existait pas avant et que les crises financières ont fait descendre de la marche de la classe moyenne.

Après çà on s’étonne du succès de « Bienvenu chez les Ch’tis » ! Mais ce film passe le baume du respect de l’identité culturelle à tous ceux qui se sentent engloutis à tort ou à raison par une mondialisation aveugle, comment peut-on en être surpris… alors dans tout ce pataquès où les frontières bougent, où les riches redeviennent pauvres, où les très très riches perdent pied avec la réalité, où les dirigeants politiques sont à la merci d’acteurs financiers, où les pauvres vont piller les magasins, comme un vent de bouleversements profonds où peut se créer un nouveau mouvement mondial, celui de la défense des SIF (les Sans Identités Fixes), qui lorsqu’ils se rendront compte qu’ils n’ont plus rien à perdre, viendront frapper à la porte d’une nouvelle civilisation où on l’on retrouvera à nouveau la liberté et le respect de soi. (Amen… non là je me suis un peu emballée, mais bon)

Nos enfants en seront capables, soyons-en sûrs (là je rigole plus).

Par Carmen Molina - Publié dans : Mutation anthropologique
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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