
C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux; Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.
| Novembre 2009 | ||||||||||
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C’était bouleversant les petits moines tibétains à la télé l’autre jour gesticulant dans un pathétique appel au secours devant les caméras étrangères, se sachant hors de portée de vue des chinois, puis l’image d’après, assis tout sages dans le temple, cette fois-ci vus par eux, calmes et posés avec la puissance de parole de leur regard qui disait tout. Ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis. Sarkozy n’a pas encore compris çà qui a menacé de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture… c’est sûr que les chinois vont être très impressionnés ! le gouvernement français invite à la négociation… bon ben tout va bien alors. Choqués nous sommes par ces images alors même que chez nous les drapeaux tibétains sont confisqués. Mais aujourd’hui le dérisoire de l’histoire est trop fort et les réflexions politiques me semblent à ce stade hors de propos. Ce qui me vient à l’esprit et me semble plus approprié en repensant à ces images c’est un texte que j’ai lu dans le livre « Chagrin d’école » de Daniel Pennac qui cite lui-même Cohen (Le livre de ma mère) :
Mais pourquoi les hommes sont-ils méchants ?Pourquoi sont-ils si vite haineux, hargneux ?Pourquoi adorent-ils se venger, dire du mal de vous, eux qui vont bientôt mourir les pauvres ?Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus ne les rende pas bons, c’est incroyable.
Incroyable, vraiment.
Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.
Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».
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QUAND
Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que les nôtres seulement… Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont… Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les responsabilités aillent avec les privilèges…
Quand nous saurons dire « assez »…
Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes à nos interrogations… Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance, nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps… Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…
Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…
Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…
Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…
Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…
Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…
Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires…
Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.
Alain Crespelle
Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995
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