
C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux; Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.
| Novembre 2009 | ||||||||||
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« Il est dans la nature humaine de penser sagement et d’agir de façon absurde » Anatole France
Je pensais à la corrida récemment en voyant une émission sur Arles et la saison des corridas qui recommence avec son cortège de protestations de la part des anti-corridas. Qui pourrait d’ailleurs ne pas leur donner raison à la vue de ces taureaux empalés par des épées meurtrières… ces taureaux mis à mort par la frêle puissance de toreros presque encore pubères (19 ans le dernier « champion du monde », à vue d’œil 60 kilos tout mouillé)… ces taureaux acteurs de traditions ancestrales qui ont la part belle dans les livres d’Hemingway… ces taureaux qui… ces taureaux que… quelles lunettes mettre à partir du moment où on est seul avec sa conscience, sans la condamnation du politiquement correct du jour ni la rébellion qu’elle va susciter immanquablement, simplement de soi à soi ? et si la pensée raisonnable de protéger l’animal entraînait dans son sillage une action qui par un effet papillon à l’envers participerait à la mise à mort de traditions qui pour archaïques qu’elles soient agissent sur l’équilibre psychique de notre société, au combien fragile mais indispensable à la cohésion de notre groupe social ? et si le remède était pire que le mal ? et si, de principes de précaution en positionnements cartésiens, de protections en protections, de peurs en peurs, on était en train de jeter le bébé avec l’eau du bain ?
Je fais partie à la fois de ceux que la souffrance animale bouleverse et que la vue de la force du plus fort exercée sur le plus faible fait sortir de ses gongs. Mais la dérive d’une société sans attaches m’inquiète encore davantage. Par-dessus le marché, les critiques de ma position qui consisteraient à dire que l’excision fait partie des traditions et qu’il faut quand même en arrêter la pratique me touchent parce qu’elles ont là un argument qui fait mouche.
En conclusion donc, je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais d’une chose je suis sûre : l’esprit humain chez les hommes et femmes civilisés que nous sommes est fait aussi de choses archaïques qui ont besoin de trouver des canaux d’expression et qui sont présentes en chacun de nous (oui, en chacun de nous) et si elles ne peuvent s’exprimer par des rites et des traditions, comme pour l’eau avec le principe d’Archimède – pour les néophytes, çà veut dire que l’eau compressée dans un endroit va rejaillir ailleurs -, çà va ressortir ailleurs, et de façon beaucoup plus violente. Quand, comment ? N’est-ce pas d’ailleurs déjà le cas dans certains endroits de la planète ? En tout cas c’est une question qu’il est urgent de se poser. Esquiver le débat en propulsant des « évidences » qui couperait court à toutes discussions me paraît beaucoup plus dangereux que céder à ce qui n’a peut-être que l’apparence de la sagesse.
Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.
Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».
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QUAND
Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que les nôtres seulement… Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont… Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les responsabilités aillent avec les privilèges…
Quand nous saurons dire « assez »…
Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes à nos interrogations… Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance, nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps… Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…
Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…
Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…
Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…
Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…
Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…
Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires…
Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.
Alain Crespelle
Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995
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