La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Mercredi 5 mars 2008
Suite et fin de notre série d’articles sur le sujet « Le bonheur peut-il être apporté par la science », dossier préparé par le magazine « Sciences et avenir » au sujet de l’utilisation des psychotropes. Au passage la France est le pays européen le plus gros utilisateur de ce genre de médicaments. A méditer.
Voici donc l’avis du psychanalyste et maître de conférence à Paris VIII, Pierre-Gilles Gueguen :
Richard Davidson, neuroscientifique américain, a réussi à détecter des régions du cerveau plus actives lorsqu’on est heureux. Il pense donc être en mesure de déclarer que dans tel cerveau il y a bonheur et même de l’évaluer. Et il en déduit que cet état cérébral peut être généré par des exercices. C’est… une imposture. Certes, des zones se modifient dans le cerveau lorsque l’on est heureux, mais cela ne dit rien de la nature même de l’émotion. Les êtres humains sont façonnés par le langage, les affects, l’amour, éminemment subjectifs. Comment imaginer que l’on peut évaluer, mesurer cette subjectivité ? S’estimer satisfait dépend de l’histoire de chacun, il n’existe pas de méthode universelle pour que notre cerveau devienne heureux.
Cette théorie naïve a pourtant inspiré un économiste britannique renommé, Richard Layard, auteur du « Prix du bonheur », qui a proposé à son gouvernement de « mesurer le bonheur » de ses concitoyens et d’en faire l’objectif d’un plan qui apporterait des remèdes tant sur la fiscalité que sur l’éducation et les soins. Son premier challenge est de vaincre la dépression. C’est un fléau parce qu’il y a un risque suicidaire, mais aussi économique. Pour Layard, la forme de thérapie la mieux adaptée est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) qui promeut la pensée positive (NDLR : TCC = thérapies à court terme qui ont pour objet de changer les comportements plutôt que la personne dans sa globalité et qui marchent très bien sur certaines pathologies qui se manifestent par des comportements compulsifs). Son plan propose donc de former, dans les 5 ans à venir, 10 000 thérapeutes pour fournir 10 séances de TCC par patient. L’objectif étant fixé à 900 000 traitements par an. Comme on le voit, il s’agit de faire de la psychothérapie un marché soumis à des normes de rentabilité et de standardisation avec un « contrôle qualité » et une évaluation en fin de traitement. Le projet a été validé et budgété pour 2008 à 30 millions de livres sterling. Layard, qui a le vent en poupe, veut à présent imposer des cours de « bien-être » dans les écoles…
Je ne suis pas pour laisser les gens souffrir et je suis favorable à un usage précis des antidépresseurs, mais cette histoire britannique, qui me rappelle l’actuelle campagne anti-dépression française est aberrante. Vouloir le bonheur pour tout le monde, à coup de traitements et de TCC, c’est loger tous les individus à la même enseigne, ne pas considérer l’histoire de chacun. C’est de la bureaucratie managériale pour réduire les coûts, un néo-paternalisme fondé sur l’obligation douce au soin. Est-ce au gouvernement de savoir ce qui est bon pour moi ? De vérifier que j’agis de la bonne façon pour être heureux ? De tels plans contribuent à mettre en place une idéologie rationalisante dangereuse qui finit par se substituer au jugement individuel et au choix. Ce que l’on propose, par la psychanalyse, est tout autre : trouver quel état de satisfaction nous convient, quel désir nous correspond. Remettre en question sa vie. C’est une thérapie sur mesure, pas un protocole.
Par Carmen Molina - Publié dans : Le coin psy
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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